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Publié le 20 Décembre 2016

Je ne sais pas pour vous, mais parfois, c'est lancinant comme une douleur dentaire qui un jour se transforme en rage. Hier ? Demain ? Pour moi, c'est aujourd'hui, et ce n'est pas la première fois.

Je ne sais pas pour vous, mais parfois, c'est lancinant comme une douleur dentaire qui un jour se transforme en rage. Hier ? Demain ? Pour moi, c'est aujourd'hui, et ce n'est pas la première fois.

À vingt ans, on tolère les remarques phallocrates sur le lieu de travail, si proches de celles qui accompagnent nos pas dans le métro ou dans la rue depuis qu'on a douze ans. On apprend depuis des années à passer - outre ou pas, d'ailleurs - mais à passer dans tous les cas, dans la joie et la bonne humeur parce qu'on est légères et sympas, quitte à montrer les dents, ou à laisser des plumes au passage. Question de chance.

À trente ans, on a appris à doser. On maîtrise le jeu de la douche écossaise, on tacle de temps en temps histoire de rappeler qu'on peut se fâcher, et on sourit pour faire passer la pilule, voire faire avancer ou glisser la mule. Le principe de l'âne et de la carotte est le plus vieux jeu de dupes du monde. Reste à savoir qui sert de monture à l'autre, et qui se fait avoir.

À quarante ans, par contre, on a perdu patience. Mais au-dessus, ou à côté, voire en dessous, ils sont encore là, portés par leur devise : "phallocrate un jour, phallocrate toujours". Bien englués dans leurs représentations du monde, ils sévissent, placent la remarque physique en premier lieu et le soupçon d'incapacité rationnelle en second - même quand on estime avoir passé l'âge de se faire traiter de potiche et que cerveau comme boulot ont fait leurs preuves, bien au-delà souvent de ce que ces phallocrates imperturbables ont eux-mêmes produit.

Pas de généralisation, juste une remarque

Si Trump "attrape les femmes par la chatte" et s'en tire à si bon compte, son plébiscite n'autorise-t-il pas le plus modeste des machos à poursuivre sur sa lancée ? L'allusion salace se porte encore bien dans la rue et dans certains milieux où les relations se pensent en termes de jeux de pouvoir et de domination ; chacun se reconnaît dans ce fantasme et le partage avec délectation. Dans d'autres, heureusement, on a passé le cap de la phallocratie pour un système de collaboration équilibré où le respect mutuel occupe une vraie place. 

Sur le plan professionnel, j'ai la chance de ne croiser de phallocrates que dans un univers confiné où l'enveloppe craque pour révéler une nature précieuse : que ce soit en coaching ou en storytelling, la résilience est mon business, tout comme l'accompagnement vers le respect et la bienveillance envers soi et envers les autres.

Certaines femmes n'ont pas cette chance

Ces femmes, je les reçois en état de stress ou de pré-burn out. Elles ont toutes la tête bien faite. Le corps aussi, évidemment, mais cela ne me regarde pas. Ce que je regarde, ce sont leurs gestes. Ces larmes qu'on écarte, ces paroles qu'on étrangle en se serrant instinctivement le cou. Ce repli, cet étouffement alors qu'elles ont tant de talent, c'est le reflet d'un renoncement. Avec ce qu'elles me confient, j'écoute leurs voix qui en disent tant au-delà des mots sur les états physiques et mentaux dans lesquels elles se trouvent. J'écoute les termes qu'elles emploient, les freins qu'elles se posent et les souffrances qu'elles expriment partiellement. Quand elles arrivent dans cet état, c'est souvent une histoire de jeux de pouvoir dans lequel elles sont entrées, consciemment ou non, mais dans lequel elles se sentent autant niées que bridées.

Phallocratie et choc des systèmes de valeurs ?

Dans certains secteurs, phallocratie rime avec bureaucratie, ce monde rigide et sans grand risque économique où les femmes se heurtent à l'autoritarisme bureaucrate et à la domination phallocrate. Dans d'autres secteurs à gouvernance très masculine, la remarque virile se teinte d'une tonalité plus tenace, où les gestes soulignent la parole au bistrot comme au boulot. Pour peu que la femme adhère au même système de représentation sociétal, le harcèlement prend racine dans ce besoin de plaire inculqué dès l'enfance.

Quel que soit le lieu, pour les femmes qui sont passées à un mode de fonctionnement plus moderne, l'émergence d'un comportement phallocrate heurte ou révolte autant qu'il laisse sans voix. Beaucoup de femmes parlent de sidération.

La remise en cause de l'intelligence rationnelle est d'autant plus mal vécue qu'elle s'opère dès lors que la femme la conjugue avec cette intelligence émotionnelle pourtant si essentielle à toute négociation. Ces messieurs et leurs affiliées y identifient un signe de fragilité évident qui justifie à soi seul tout refus de promotion, alors même que c'est leur rigidité d'esprit qui empêche toutes les avancées.

Première proposition : la phallocratie comme survivance d'un système de valeurs dépassé

Considérons que derrière tout comportement, fût-il phallocrate, il y a une intention positive. 

Ce qui entre en jeu, c'est encore une fois un comportement très codifié qui se comprend par son auteur et par ses pairs comme un signe d'appartenance à un monde commun. Ce monde est aussi reconnu par nombre de femmes qui se conforment à ses préceptes. La phallocratie, dès lors, serait-elle une forme de savoir être, certes inadaptée à l'interlocutrice moderne et au contexte de 2017 - mais du savoir-être tout de même ? On retrouve ce décalage de systèmes de représentation du monde, déjà décrits dans cette présentation du modèle de la Spirale Dynamique de Clare Graves, qui incite à favoriser une vision plus intégrative pour accepter les différences des autres et pour permettre un accompagnement progressif de chacun afin qu'il puisse intégrer un mode de fonctionnement plus adapté au contexte dans lequel il évolue.

Prenons le phallocrate avec sa représentation du monde, dans sa globalité, et confrontons-le en douceur aux exigences de son environnement.

Seconde proposition : les comportements au travail à envisager comme des versions successives de kit Soft Skills

Considérons que le kit Soft Skills 1.0 serait l'ensemble des compétences douces des durs à cuire des temps jadis et des femmes qui s'y conforment. Tout un concept... C'est un peu comme si certains fonctionnaient encore avec le minitel en 2017, et qu'ils tentaient de communiquer  avec des interlocuteurs nés après la mort de cet appareil.

Troisième proposition : l'évolution est possible

Comme nous sommes de nature optimiste, nous allons partir du principe que ces hommes peuvent réussir leur métamorphose Soft Skills en apprenant à fonctionner avec quelques nouveaux codes : les codes Soft Skills 2.0, déjà dépassés, mais qui recouvrent le savoir être des années 90, avant de tester les codes qui accompagneront les années à venir ?

Comment enclencher la métamorphose ?

Tout dépend de la personne concernée et de son système de valeurs. Je vous propose aujourd'hui une interprétation possible de la situation, qui s'appuie pour partie sur le modèle développé par Clare Graves : la Spirale Dynamique

La phallocratie serait une compétence comportementale héritée des systèmes de valeur obsolètes au regard d'une partie toujours plus nombreuse de la population.

Si l'on en croit le modèle de Spirale Dynamique de Clare Graves, il serait plus facile d'accompagner la transformation des comportements au sein du même "niveau d'existence" que de changer de niveau. Les systèmes phallocrates se retrouvent essentiellement aux niveaux violet (tribal) et rouge (égocentrique), où la domination masculine affirmée joue un rôle essentiel. À un niveau bleu (normatif), l'affirmation du pouvoir repose plus sur une adhésion collective à une "Vérité ultime" (religieuse, politique, mission...) et dans une bien moindre mesure sur une affirmation phallocratique, même si les postes de pouvoir restent bien majoritairement occupés par des hommes, et que certains trouvent une satisfaction facile à l'exercice de ce pouvoir dans un comportement phallocratique qu'on retrouve jusque chez les députés. Rien pourtant, dans le fonctionnement du système n'implique l'adhésion à cette domination sexuée, si ce n'est la satisfaction facile d'un désir de pouvoir. 

Au niveau orange, l'individualisme rationnel ne repose pas obligatoirement sur un fonctionnement phallocrate, même si dans la satisfaction personnelle tant recherchée par l'individu "winner" peut passer par l'écrasement d'une "looseuse" exploitable. La phallocratie, par contre, disparaît complètement au niveau vert relativiste et collaboratif, puisqu'elles est en opposition avec les valeur égalitaristes qui y prédominent.

Au niveau bleu et orange, la phallocratie n'est donc pas une fatalité et peut être véritablement transformée en un comportement respectueux de tous.

Les Soft Skills attendues en 2017 sont le reflet du nouveau système de valeurs en passe de devenir dominant dans notre société

Si autrefois il était de bon ton d'afficher une détermination virile (rouge) - voire condescendante - et une autorité forte (niveaux rouge et bleu), ces comportements génèrent un rejet auprès d'une population féminine toujours plus nombreuse et une part non négligeable des jeunes générations. Les Soft Skills (celles que j'appelle les Soft Skills 3.0) présentées aujourd'hui comme les comportements attendus en 2017 sont elles représentatives :

  • du niveaux orange (individualiste rationnel pour les Soft Skills comme l'esprit d'entreprendre, l'audace, la motivation et la prise de décision)
  • du niveaux verts (relationnel relativiste pour les Soft Skills comme la créativité, la confiance, l'intelligence émotionnelle, la prise de recul, la gestion du temps, la gestion du stress, la souplesse cognitive, l'intuition, la négociation, la conscience, la synergie ou coordination, la gestion d'équipe, le non jugement, l'empathie, et la présence)
  • et du niveau jaune (adaptatif systémique pour la visualisation)

Les Soft Skills 3.0 sont donc en opposition avec les valeurs des systèmes "bleus" traditionnels très implantés en France notamment, et sont totalement incompatibles avec les "rouges". 

On ne peut pas attendre de quelqu'un d'éminemment normatif - donc très attaché à une structure hiérarchique et statutaire (niveau bleu, très partagé dans les grandes administrations et les grandes entreprises) - qu'il adopte sans accompagnement important un mode de fonctionnement entrepreneurial ou collaboratif, à moins qu'il n'y trouve un intérêt personnel profond. Le changement de système de valeur ne se décrète pas. Au mieux, il s'accompagne, car cette transformation majeure implique une crise personnelle forte.

Cette personne peut par contre adopter aisément des valeurs de surface en accord avec les nouveaux codes de travail qui se rapprochent des Soft Skills attendues aujourd'hui et se détacher des modes de fonctionnement de type "rouge" conservés par convention sociale jusqu'à aujourd'hui et qui ne correspondent pas à se valeurs profondes. L'intérêt pour lui sera évident. Dans un système normatif de type bleu, cela passe par le règlement intérieur, la mobilisation en cascade des niveaux hiérarchiques et la sanction. Une évolution implique donc une volonté forte d'imposer une autre règle de comportement - ce qui n'est pas toujours le cas, surtout dans les milieux où le goût du pouvoir prédomine. Nombre de fonctionnaires et d'employés sont près à accompagner le changement, puisqu'une grande majorité d'entre eux n'adhère plus profondément à ce mode de fonctionnement phallocrate, mais ce n'est pas toujours le cas d'une partie de la hiérarchie.

La métamorphose des phallocrates, l'affaire de tous

Sur ce plan, nombre d'entreprises ont compris à quel point il était urgent de s'inscrire dans le mouvement de métamorphose du savoir-être de ses recruteurs, de ses manageurs et de ses salariés pour pouvoir rester aussi attractifs qu'efficients et attirer une jeune génération qui rejette les fonctionnements traditionnels. Le mode autocratique a vécu.

Les codes ont évolué, mais pas toutes les mentalités. Il existe un phallocrate en chacun de nous et nous devons l'aider à se métamorphoser.

Même dans l'accompagnement des Soft Skills, il faut interroger une première conviction tenace aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Dans le cadre de la prise de parole en public, dans le cadre d'une négociation, le charisme ne se situe surtout pas au niveau de la séduction. On ne séduit pas son public, son collègue ou son client : on le convainc, par ses capacités - techniques et humaines, sa personnalité, sa motivation et sa vision.

Ce n'est qu'un exemple, mais il est éclairant : pour renoncer à la séduction professionnelle, il faut avoir suffisamment confiance en soi pour oser être aligné, et s'appuyer sur son empathie, puis affirmer son esprit d'entreprendre comme sa capacité à coordonner et à trancher. Pour certains, c'est une évidences. pour d'autres, c'est un changement progressif qui se mettra d'autant en plus facilement en place que cette transformation sera rendue indispensable par l'environnement. Pour tous, si la formation et la communication sont fondamentales, la mise en pratique régulière permet à chacun d'incarner en toute confiance, et dans la mesure de ses attentes, ces nouveaux codes du travail qui portent l'espoir d'une société agile et collaborative.

Les Soft Skills 3.0, vous les connaissez. Maintenant, homme ou femme, c'est à nous de jouer.

 

à bientôt,

 

Cécile Dupire

Coach Professionnelle Certifiée, Accréditée ACC par l'ICF

Praticienne MBTI

www.ubiquites.fr - cecile.dupire@ubiquites.fr

www.coachingstorytelling.fr

 

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